RDC : Quand le décès d’une française à Goma secoue la diplomatie

La mort de Katerine Buisset, employée chez UNICEF dans la ville de Goma indigne le Monde entier. Des réactions fusent de partout. Tout le Monde réclame justice pour cette citoyenne française. Si le nom de Katerine est le plus cité, les autres personnes tuées au même moment qu’elle, restent des statistiques à ajouter à la longue liste de congolais tués dans ce conflit. Face à ce drame, Kinshasa accuse les M23, ces derniers accusent les FARDC, les hautes sphères mondiales restent prudentes.

Trois morts dont Katerine Buisset agent humanitaire français, tel est le bilan d’une attaque des drones sur un bâtiment abritant des travailleurs humanitaires dans le quartier Himbi, en commune de Goma, Province du Nord Kivu en République démocratique du Congo ce mercredi 11 mars 2026. Goma et une portion de la province du Nord Kivu sont occupées par les M23, un mouvement rebelle selon Kinshasa.

La communauté humanitaire en RDC choquée

Quelques heures seulement après ce drame les réactions se sont multipliées de partout. C’est le cas de la directrice générale du«Unicef », Catherine Russell dans un message signé ce matin du mercredi 11 mars 2026 depuis les Etats-Unis, se dit profondément bouleversé et indigné par le décès de Karine Buisset lors de ces attaques :

 « Karine était une humanitaire dévouée qui travaillait sans relâche pour venir en aide aux enfants et aux familles touchés par les conflits et les crises. Nos pensées accompagnent sa famille, ses amis et ses collègues en cette période extrêmement difficile ».  

L’UNICEF faisant suite à cet événement tragique interpelle les autorités congolaises et celles de l’AFC/M23 à la protection des acteurs humanitaire en toute circonstance. Il rassure être à pied d’œuvre pour recueillir des informations relatives à cet événement malheureux.

Parmi les responsables politiques, la première est venue du président français Emmanuel Macron.

« Une humanitaire française a été tuée à Goma. J’appelle au respect de droit humanitaire et qui s’engagent pour sauver des vies »

Dans un message similaire, le Vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévôt, a lui estimé ensuite qu’il ne s’agissait pas d’un « incident isolé » avant de constater une « multiplication de ce type d’attaques, en violation du cessez-le-feu, menées par toutes les parties ces derniers temps », reprenant ainsi les inquiétudes du groupe de contact sur les Grands Lacs.

Composé de plusieurs chancelleries occidentales, ce groupe avait effectivement dénoncé l’utilisation des drones contre des civils la semaine dernière.

Quant à la Commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire, celle-ci n’a pas manqué de faire part de son indignation : Hadja Lahbib, qui s’était rendu à Goma le mois dernier, a indiqué qu’une partie du personnel humanitaire de l’Union européenne (UE) logeait dans la concession visée dans la nuit de mardi à mercredi.

Suscitant une cascade de réactions les Nations Unies ne sont pas restées indifférentes face à cet incident fatal. Bruno Lemarquis, représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo condamne 

« avec la plus grande fermeté l’usage d’armes et de drones d’attaques qui mettent en danger les populations civiles et le personnel des Nations unies »

Et souligne que selon le statut de Rome, cette attaque contre le personnel onusien pourrait constituer des crimes de guerre »

Ce représentant de Nations Unies en République Démocratique du Congo montre à cet effet « la nécessité d’une enquête rapide, indépendante et crédible afin d’identifier les responsables et de les traduire en justice ».

Quant au représentant du Comité internationale de la Croix-Rouge en RDC, François Moreillon, lui s’est déclaré choqué, avant d’ajouter que les civils et le personnel humanitaire ne devaient jamais être la cible d’attaques.

La France ouvre une enquête

Une enquête « de flagrance contre X du chef de meurtre constitutif de crime de guerre » a été ouverte après la mort d’une humanitaire française, mercredi, en République démocratique du Congo (RD Congo), a indiqué, vendredi 13 mars, à l’AFP le parquet national antiterroriste.

Les investigations, confiées à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité de la gendarmerie nationale (OCLCH), devront éclaircir « les circonstances de commission des faits » et « tenir informés les proches de la victime

Des humanitaires « potentielle cible »

Le drame qui s’est produit à Goma intervient alors que les acteurs de terrain alertent depuis plus d’un an sur une réduction de l’espace humanitaire dans l’est de la RDC. Au mois de janvier dernier encore, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) avait ainsi communiqué sur le nombre préoccupant d’incidents ayant touché le personnel humanitaire en 2025.

Même son de cloche pour la Commission de l’Union africaine qui demande une enquête impartiale.

« Ce qui rend cette séquence particulièrement préoccupante, c’est le moment où elle survient », s’inquiète une source diplomatique.

Kinshasa et AFC/M23 s’entraccusent

Ces attaques de drones suscitent une divergence au sein des belligérants de l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda et de FARDC. Pour les rebelles de l’AFC/M23, qui contrôlent une partie du Nord-Kivu depuis plus d’un an, ont immédiatement accusé l’armée congolaise d’être à l’origine de cette frappe.

Corneille NANGA lors de sa conférence de presse tenue à Goma dans la matinée du mercredi 11 mars 2026 après le bombardement par drones « les enjeux meurtries du régime criminel de Kinshasa ont frappé des résidences civiles situées dans le quartier Himbi dans la commune de Goma. Le bilan provisoire fait un état de 3 morts et plusieurs blessés. Parmi les victimes il y a lieu de déplorer le décès de Madame Katerine Buisset fonctionnaire international du fonds de Nations Unies pour l’enfance … »

En revanche, Kinshasa à travers son ministère de la communication et médias exprime sa profonde tristesse à la suite des pertes en vies humaines rapportées notamment le décès de Madame Karine Buisset, ressortissante française employée de l’UNICEF.

Le gouvernement congolais tout en jouant à la prudence réaffirme son attachement au respect du droit international humanitaire, et décline toute responsabilité par rapport à ces attaques

« en ce qui concerne la protection des populations civiles et du personnel humanitaire opérant sur tout l’étendu dans le territoire national y compris les zones sous occupation, et ne saurait entreprendre une action qui contrarie les valeurs qu’il a toujours défendues », peut-on lire dans ce communiqué signé le 11 mars 2026 à Kinshasa.

La guerre appelle la guerre

Selon Christophe Rigaud Journaliste, directeur du site Afrikarabia « les offensives répétées de part et d’autre, et cet incident grave, démontrent la mauvaise volonté des parties à ne rien céder dans les négociations de Doha entre la RDC et l’AFC/M23, qui sont aujourd’hui au point mort ».

Il regrette que chacun cherche à prendre le dessus sur l’autre pour tenter de sortir la tête haute des négociations. Mais en jouant avec le feu, les belligérants ne font que retarder la mise en place de l’accord de Washington et la conclusion des pourparlers de Doha, qui pourraient faire baisser la tension.

Des drones Kamikazes

Ladd Serwat analyste principal pour l’Afrique à l’Acled contacté par Deutsche Welle (DW), revient sur la catégorie des drones. Au vu des éléments disponibles, il est clair que les appareils observés ne sont pas des quadricoptères : tout indique des drones kamikazes à ailes fixes.

Il ajoute en faisant allusion à la déclaration de l’administration de la province de la Tshopo qui a annoncé que l’armée congolaise avait abattu plusieurs drones de ce type près de l’aéroport de Kisangani, attribués au M23.

Le député national élu de Walikale présenté comme président du Conseil d’administration des résistants Wazalendo et souvent considéré comme leur porte-parole déclare

« Nous nous sommes organisés à partir du Parc national des Virunga pour reprendre la ville de Goma. Nous sommes déjà à Nyiragongo, à quelques kilomètres de la ville. C’est d’ailleurs la raison de ces bombardements. »

Quelques minutes après, il a changé de version accusant plutôt le Rwanda.

Kigali réagit

Du côté de Kigali, la réaction a été immédiate. Le porte-parole adjoint du gouvernement rwandais, Jean-Maurice Uwera, souligne la menace que ces événements représentent pour la frontière du Rwanda. Et la porte-parole Yolande Makolo a martelé que les condamnations publiques ne mentionnent pas l’origine de ces frappes.

Dialoguer pour finir avec cette guerre

Dans une adresse rapide à la presse, Donald Trump a par ailleurs souhaité l’ouverture d’un dialogue entre Kinshasa et Kigali.

Dans ce même angle d’idée, le département d’État des États-Unis a dans un message mesuré, condamné ces attaques et s’attend à ce que tous les belligérants respectent leurs engagements. Les attaques dans des zones civiles sont inacceptables. Les États-Unis attendent de toutes les parties au conflit qu’elles respectent leurs engagements souligne le secrétaire d’Etat Américains aux affaires étrangères.

Joseph Kabila Kabange visé ?

Bertrand Bisimwa, le coordonnateur-adjoint de la rébellion, explique qu’

« au regard de la proximité des lieux pilonnés avec les résidences de certaines personnalités politiques, il est clair et évident que l’ancien président de la République, Joseph Kabila et le coordinateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, étaient la cible ».

Plusieurs hauts cadres rebelles logent également dans ce quartier.

Une version relayée par Afrikarabia « Les rebelles accusent Kinshasa d’avoir voulu éliminer l’ancien président Joseph Kabila et des cadres de l’AFC/M23. » Une frappe embarrassante pour son auteur, qui ne fait que relancer la machine de guerre, poussant la rébellion à riposter. Il ajoute que si l’attaque de Goma, est vérifiée elle est bien l’œuvre de l’armée congolaise, ce qui va créer de l’insécurité autour des cadres rebelles, qui vont devoir désormais vivre dans une relative clandestinité.

Les habitants divisés

Certains habitants de Goma pensent que c’est la situation n’est pas telle que relatée mais le bombardement des drones n’est qu’un faux-fuyant.

D’autres encouragent intensément les drones pour traquer le M23 compte tenu la situation calamiteuse dont ils sont victimes. Ils souhaitent le retour du gouvernement congolais.

Pour rappelle les provinces sous la gestion des rebelles de l’AFC/23 nécessitent une attention particulière. La situation socio-économique dégénère chaque jour davantage.

On peut lire sur le visage de la population qu’après une longue période d’adaptation et de résistance, elle montre des signes d’épuisement de sa résilience. Ce qui rend la situation humanitaire très critique.

Pour bien des habitants il est impérieux que le gouvernement congolais, l’AFC/23 privilégient le cessez-le-feu en mettant en application les accords signés à Doha et à Washington. Enfin, les violations continuent et les différents processus de paix sont au point mort, donnant lieu à un vide diplomatique préoccupant. Bientôt 4 mois aucune réunion de suivi n’a été organisée dans le cadre du processus de Washington pourtant sa mise en place donné de l’espoir aux habitants pour sortir la population de ce gouffre lui imposé par les Belligérants.

Par Gaspard M.

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