Shabunda : le label « minerais de sang » plane sur une cinquantaine de sites miniers

Le spectre des « minerais de sang » plane désormais sur tout le territoire de Shabunda, à plus de trois cents kilomètres à l’ouest de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. C’est l’alerte lancée par une organisation nationale spécialisée dans les questions minières.

Selon un rapport explosif de l’ONG IPS RDC, présenté ce mercredi 28 octobre 2026 devant l’administrateur du territoire Justin Balegamire, plus de 80% des sites miniers de Shabunda sont occupés par des hommes armés, a-t-on appris ce vendredi 30 octobre de sources locales contactées sur place par votre rédaction.

Sur les 59 sites visités par les enquêteurs au début de l’année, les chiffres donnent froid dans le dos :

10 932 creuseurs recensés, dont 1 205 enfants de moins de 18 ans et 1 932 femmes ; des groupes armés présents dans plus de 80% des sites, indique le rapport.

« Une situation qui, selon les standards internationaux de traçabilité (ITSCI, OCDE), conduit automatiquement à la qualification de « site rouge » et de « minerais de sang » ou « minerais de conflit » », explique notre source.

Si cette qualification est confirmée, les minerais de Shabunda seront interdits de vente sur le marché international. Un coup dur pour des milliers de familles qui vivent de l’exploitation minière artisanale.

Réunis en comité territorial de suivi avec plus de 50 acteurs – autorités locales, société civile et coopératives minières – les participants ont décidé de créer en urgence un comité de suivi pour assainir le secteur.

L’objectif est de faire partir les groupes armés des carrés miniers et de retirer immédiatement les 1 205 enfants des puits.

Pour rappel, e’expression « minerais du sang » désigne les ressources minières dont l’exploitation et le commerce contribuent directement ou indirectement au financement des conflits armés, aux violations des droits humains et à l’enrichissement de groupes armés ou de réseaux criminels.

Dans le contexte du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, cette expression renvoie principalement à certains minerais comme l’or, la cassitérite, le coltan et la wolframite.

Dans plusieurs zones minières, notamment à Walungu, Mwenga, Shabunda, Kalehe et Fizi, l’exploitation artisanale se déroule dans un environnement marqué par l’insécurité, la présence de groupes armés, les tracasseries et la faiblesse du contrôle de l’État.

Des groupes armés et certains réseaux économiques peuvent tirer profit de cette activité en imposant des taxes illégales, en contrôlant les sites miniers ou les circuits de commercialisation, ou en facilitant la contrebande des minerais.

Au-delà de leur valeur économique, les minerais du sang constituent donc un enjeu majeur de gouvernance, de sécurité et de développement dans le Sud-Kivu.

Leur exploitation peut entraîner le déplacement des populations, le travail des enfants, des violences sexuelles, la dégradation de l’environnement et la perte de revenus pour les communautés locales.

Toutefois, il est important de souligner que tous les minerais extraits au Sud-Kivu ne sont pas nécessairement des minerais du sang : le problème réside dans les conditions d’extraction, de contrôle, de traçabilité et de commercialisation.

La lutte contre ce phénomène nécessite notamment la formalisation de l’exploitation artisanale, la traçabilité des minerais, la transparence des chaînes d’approvisionnement, le renforcement des coopératives minières, la lutte contre la contrebande et la diversification des moyens de subsistance des populations, notamment à travers l’agriculture et les activités économiques locales.

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