RDC : les DDH coalisent pour un travail efficace et efficient sur terrain

La République démocratique du Congo s’est dotée d’un nouvel outil de coordination pour la protection des acteurs civiques. La Coalition nationale des défenseurs des droits humains a été officiellement lancée ce jeudi 30 Avril 2026 au Fleuve Congo Hôtel, lors d’une cérémonie réunissant diplomates, organisations de la société civile, journalistes et partenaires internationaux, dont le Réseau Panafricain des défenseurs des droits de l’homme.

Soutenue notamment par DefendDefenders et African Defenders, cette initiative vise à structurer un secteur encore fragmenté. Elle ambitionne de renforcer la coordination, d’améliorer les systèmes d’alerte et de mutualiser les ressources, afin de transformer des initiatives isolées en une véritable force collective. Un plaidoyer accru auprès d’organisation des Nations unies et des institutions africaines figure également parmi ses priorités.

Une initiative portée par l’urgence du terrain

Le lancement de cette coalition intervient malgré les avancées juridiques enregistrées en 2023 avec l’adoption d’une loi spécifique sur la protection des défenseurs. Sur le terrain, la situation reste préoccupante.

Selon Koulibali Fanan, représentant du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, 157 cas de violations ont été documentés en 2025, contre 29 nouveaux cas entre janvier et mars 2026. Intimidations, arrestations arbitraires et violences continuent de cibler les acteurs de la société civile.

Les chiffres relatifs aux assassinats illustrent également la gravité du contexte : 44 défenseurs tués depuis 2006, dont 21 depuis 2023. Une tendance préoccupante qui souligne l’urgence d’une réponse structurée.

Dans des zones comme Goma, Bukavu et l’Ituri, marquées par des conflits armés persistants, l’engagement pour les droits humains s’exerce dans un climat d’insécurité aigu.

Un cadre pour coordonner, protéger et alerter

La coalition se veut une plateforme nationale de coordination. Elle ambitionne de mutualiser les ressources, de renforcer les mécanismes d’alerte rapide et d’améliorer la protection des défenseurs.

Les participants ont adopté une stratégie de gouvernance commune visant à structurer l’action à l’échelle nationale, avec des relais en provinces. L’accent est également mis sur le plaidoyer auprès des instances internationales, notamment Organisation des Nations unies.

Une réponse collective encore attendue sur le terrain

Pour Jonathan Magoma directeur exécutif de Partenariat pour la Protection Intégré PPI, la coalition doit jouer un rôle de catalyseur en renforçant les initiatives existantes sans s’y substituer. Il insiste sur la nécessité de corriger le manque d’attention dont souffrent les défenseurs des droits humains et voit dans cette structure une réponse aux défis actuels.

Pour Hassan Shire, directeur exécutif de DefendDefenders et président de AfricanDefenders, la solidarité demeure un levier essentiel.

« Sans coopération entre acteurs, aucune protection durable ne peut être assurée », insiste-t-il.

Le rapport “Héros au prix ultime” au cœur des échanges

La cérémonie a été marquée par la présentation du rapport « Héros au prix ultime », une étude approfondie sur la situation des défenseurs en RDC. Le document met en évidence un système de protection fragmenté, sous-financé et concentré dans les centres urbains, laissant les zones rurales largement vulnérables.

Axé notamment sur l’Est du pays, le rapport souligne que cette région figure parmi les environnements les plus dangereux pour les défenseurs en Afrique. Il pointe la persistance des conflits armés, l’état de siège instauré depuis 2021 et les pressions exercées par différents acteurs.

Actualisé en 2026, le rapport met également en lumière la dégradation du contexte sécuritaire, notamment dans certaines zones sous occupation de groupes armés, renforçant la vulnérabilité des acteurs de la société civile.

Entre promesses et attentes

Des partenaires internationaux, dont l’ambassade des Pays-Bas, ainsi que la Commission nationale des droits de l’homme, ont exprimé leur soutien à cette initiative. Toutefois, les attentes restent élevées, notamment en matière de sécurité, de justice et de lutte contre l’impunité.

Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme recommande déjà une révision du cadre légal existant afin de renforcer la protection des défenseurs.

Une coalition présentée comme une nécessité stratégique

Au regard des constats dressés, la création de cette coalition apparaît comme une réponse structurante. Le rapport présenté la qualifie même de nécessité stratégique, voire existentielle, pour assurer la survie et l’efficacité des défenseurs des droits humains.

La structure devra notamment contribuer à combler le fossé entre milieux urbains et ruraux, standardiser les mécanismes de réponse, centraliser les informations et renforcer le plaidoyer collectif.

Entre mémoire et engagement

La rencontre a également servi de cadre pour rendre hommage aux défenseurs des droits humains tués dans l’exercice de leur mission. Ce moment de commémoration a rappelé le coût humain de cet engagement.

Les organisateurs ont articulé l’événement autour de quatre axes principaux : lancer une coalition forte, documenter les violations, honorer les disparus et renforcer la solidarité entre défenseurs.

Une mise en œuvre attendue

Si le lancement de cette coalition constitue une avancée institutionnelle, sa réussite dépendra de sa mise en œuvre effective. Les acteurs impliqués misent sur une coordination renforcée pour améliorer concrètement la sécurité des défenseurs.

Dans un contexte marqué par le rétrécissement de l’espace civique, cette coalition apparaît comme un instrument clé pour structurer la réponse face aux violations des droits humains en RDC.

La coalition lancée à Kinshasa est la 23ème sur toute l’entendue du continent African.

 À ce jour, 22 coalitions nationales ont déjà été mises en place à travers le continent africain. Celle qui est lancée aujourd’hui constitue la 23 coalition nationale. Il s’agit d’une association regroupant des défenseurs congolais des droits humains », conclu Hassen.

Par Pacifique Mulemangabo

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