Crises dans l’Est de la RDC : « Comment vivre à Bukavu sans devenir fou ? »

Bukavu, le 25 mai 2026_ Entre la guerre, la maladie à virus Ebola, la crise sécuritaire et financière, aggravées par la fermeture des aéroports, des banques et des frontières, les habitants de Bukavu comme ceux de Goma, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, se réveillent chaque matin avec le sentiment d’avoir survécu à l’impossible. Certains ironisent même qu’« ici, l’espérance de vie n’est que de 24h renouvelables ! ».

Et comment vivre à Bukavu sans devenir fou ?

Dans l’Est de la RDC, les habitants vivent sous le poids cumulé de l’occupation rebelle de l’AFC/M23, de l’épidémie d’Ebola, de l’insécurité et de l’effondrement du tissu économique.

Le témoignage de David Cikuru, acteur de la société civile de Bukavu, explique une détresse sans précédent dans le chef des habitants. Face à ces fardeaux de la vie, un jeune homme de la ville décide de se donner la mort mais celle-ci n’avait pas encore besoin de lui.

Le drame se passe dans la commune de Bagira, sur l’avenue Makoma 1er, dans la soirée du samedi 23 mai 2023. Ici, un jeune marié de 23 ans frôle la mort après une tentative de suicide.

Selon les informations recueillies, l’homme traversait une période de grandes difficultés financières alors que son épouse et leur enfant sont internés dans un hôpital de la ville. Après avoir reçu une ordonnance médicale pour l’achat des médicaments, il se serait retrouvé incapable de réunir l’argent nécessaire.

Avant de passer à l’acte, le jeune homme aurait écrit un message sur la porte de sa maison :« Je vais me tuer moi-même. Je suis responsable de ma mort. Ne posez la question à personne. »

Il se serait ensuite enfermé dans la maison et aurait tenté de se pendre à l’aide d’une corde. Le témoignage renseigne que des passants alertés par la situation ont forcé la porte et ont retrouvé l’infortuné encore vivant. Ils ont immédiatement coupé la corde et l’ont conduit d’urgence à l’hôpital pour des soins.

Une population résiliente mais livrée à elle-même

À Kinshasa, les autorités prêchent la résilience dans les zones touchées. Très récemment, le Président Félix Tshisekedi a même appelé la population à la résistance. Derrière ces slogans officiels, la population de l’Est du pays affrontent seule la guerre, la maladie, l’isolement et la pauvreté. Mais jusqu’à quand et à quel prix devra-t-elle résister et rester résiliente ?

Sur les réseaux sociaux, les habitants expriment leur désarroi sous forme de blagues. Face à cette crise et pression multiforme, des photos illustrant des « ouvrages » ou « bouquets thérapeutiques » issus des montages sont partagés dans les réseaux et portent comme titre « Comment vivre à Bukavu sans devenir fou ? ». Ou encore, « Comment vivre à Goma sans devenir fou ? ». Mais derrière cet humour, c’est la précarité et la souffrance des citoyen(ne)s qui transparaissent.

L’humour a également atteint Kinshasa, la capitale du pays. Contrairement à l’Est, ici, c’est la criminalité urbaine récurrente, l’insalubrité extrême, des embouteillages monstres, les coupures intempestives d’eau et d’électricité ainsi que le coût de vie très élevé qui font poser la question : « Comment vivre à Kinshasa sans devenir fou ? ».

Depuis janvier 2025, les rebelles du M23 occupent les villes de Goma, Bukavu et plusieurs autres agglomérations dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu et y ont instauré une administration parallèle. Cette occupation a entrainé la fermeture des banques, l’insécurité et la criminalité, l’humiliation, la faillite de plusieurs activités génératrice des revenus ainsi que la fermeture des aéroports national et international de Kavumu et de Goma. Des taxes multiformes sont également imposées à la population.

En plus de la crise sécurité et économique, la réapparition de l’épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai 2026, a conduit à la fermeture des frontières avec le Rwanda et l’Ouganda, ainsi qu’à la suspension des vols commerciaux entre Kinshasa et Bunia, le chef-lieu de la province de l’Ituri, épicentre de cette épidémie. L’Est du pays se retrouve encore plus isolé, privé de ses rares voies de connexion avec la capitale et le monde extérieur.

Livrés à eux mêmes, les habitants du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri réclament une solidarité et une assistance urgente ainsi que des mesures concrètes pour leur protection.

Jonathan Magoma

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