Sud-Kivu : « La guerre accroît la haine entre les communautés » ITOKA IKYI-ILO Mwene Lusenge
Il y a quelques mois, la ville d’Uvira, deuxième après Bukavu, était sous le contrôle du M23 avant qu’ils ne quittent les lieux suite à la pression de la communauté internationale et des FARDC. Durant cette période et celle d’après, la vie est devenue intenable. ITOKA IKYI-ILO Mwene Lusenge est un jeune d’Uvira, enseignant et étudiant. Il vit à Nyamianda, dans la commune de Kalundu, ville d’Uvira, au Sud-Kivu. Dans le cadre de son programme de promotion de l’information de terrain portée par les jeunes, l’équipe de deboutrdc a rencontré Itoka. Dans les lignes qui suivent, il nous narre la situation dans la ville d’Uvira et ses environs lors de son occupation par les M23.
La vie a changé
La vie pour le jeune dans ma localité est une vie de désespoir comparativement aux activités habituelles. Avant la guerre, les communautés vivaient en paix et une confiance mutuelle régnait entre les différentes communautés. Le changement est plus grand actuellement. Certains pensent qu’ils sont la cible numéro un ; par conséquent, ils vivent cachés et la peur entre les jeunes de certaines communautés n’est plus à cacher.
L’insécurité au rendez-vous
Pas de travail pour les jeunes, le vol s’est accru parmi les jeunes qui, par plusieurs canaux, sont en possession d’armes issues de plusieurs groupes armés présents dans la localité. Les écoles ne fonctionnent pas à cause de la peur qui règne dans la population. Les crépitements d’armes et les explosions de bombes se font entendre de jour comme de nuit.
Les journées sont longues et incertaines. Elles sont occupées par le sommeil, les jeux de dés, les jeux de cartes et le suivi des informations sur l’évolution des hostilités ou le retrait du mouvement AFC/M23.
Sortir avec prudence
Le miracle de la solidarité africaine a opéré pour se nourrir, et certaines aides humanitaires du PAM sont venues à la rescousse des plus pauvres.
Les marchés sont accessibles pendant les moments d’accalmie. Il est à préciser que les heures d’ouverture des marchés sont plus courtes que les heures où ils sont désertés à cause des combats dans la périphérie de la localité.
Le moment étant défavorable pour passer du temps dans des milieux isolés de peur que les antagonistes ne vous prennent pour un ennemi, les gens partent aux champs pour récolter. Ce qui implique qu’à cette allure, la crise alimentaire sera une évidence dans peu de jours.
Un rêve brisé
Mon rêve était de poursuivre mes études de Master à Bujumbura, dans la capitale du Burundi. Les frontières étant fermées, je me trouve dans l’impossibilité de poursuivre mes études. Tout notre espoir repose sur les négociations en cours et sur les organisations non gouvernementales qui ne cessent de nous soutenir dans cette période où tout semble perdu.
Quand la solidarité africaine gagne
L’entraide est par ailleurs un pilier sur lequel les familles survivent actuellement. Même les familles qui se sont déplacées ou réfugiées donnent le feu vert aux familles restantes pour se servir de leurs produits champêtres.
Parler peut te faire tuer
On s’informe par les réseaux sociaux et les radios internationales. Il est vraiment difficile de s’exprimer car on ne peut pas exposer un point de vue contraire à celui de ceux qui contrôlent le lieu ; c’est signer son acte de décès.
Un message au président de la République
Si je rencontrais le président de la République, je lui poserais deux questions :
- Pourquoi la situation de la RDC n’est-elle pas prise au sérieux comme celle de l’Ukraine ?
- Pourquoi les accords sont-ils signés mais non respectés par les parties signataires ?
En priorité, je suggérerais ce qui suit :
- Que la paix revienne le plus tôt possible pour retrouver les habitudes d’antan.
- Que la vérité et la réconciliation soient établies entre les pays des Grands Lacs pour qu’une paix durable règne. La guerre n’est pas bonne à vivre, elle brise les rêves, laisse des pleurs dans les familles, accroît la haine entre les communautés, nourrit la violence, et déstabilise la nation.
Deboutrdc.net offre une opportunité aux jeunes intéressés par l’écriture web de lui soumettre leurs article de blog. Les journalistes de deboutrdc vont revoir les texte, les mettre dans un format journalistiques et les publier en mentionnant en gras, le nom de l’auteur. Une opportunité de vous faire connaître et d’impacter votre communauté!
Voici le lien: https://forms.gle/cTsBz6vZb26fir5PA

