Sud-Kivu : « Malgré la guerre, on garde l’espoir », témoignage d’un jeune de Kabare

Depuis le 16 février 2026, la ville de Bukavu et certains villages sont tombés entre les mains du M23. Depuis, la vie des jeunes a changé. Dans sa mission de donner la parole aux jeunes, les équipes de deboutrdc.net ont rencontré Akonkwa Byamungu Gloire, un jeune étudiant qui a vu les chances de réaliser ses rêves s’amoindrir. Il nous partage son expérience dans les lignes qui suivent.

Deboutrdc : Quel est l’état actuel dans votre village ?

Akonkwa : Ce qui a le plus changé par rapport à l’avant-guerre du M23, c’est le sentiment de sécurité et la stabilité du quotidien. Avant, les jeunes pouvaient planifier leurs études, leurs activités sportives ou leurs petits commerces avec plus de confiance. Aujourd’hui, les interruptions sont fréquentes : déplacements de populations, manque de moyens, peur des affrontements. L’accès à l’école et aux soins est devenu plus difficile, et beaucoup de projets personnels sont mis en pause ou abandonnés.

Deboutrdc : Vous voulez dire que les enfants ne partent plus à l’école ?

Akonkwa : Dans ma localité, les écoles ne fonctionnent plus de manière régulière. Certaines ouvrent pendant quelques semaines puis ferment à cause de l’insécurité, du déplacement des enseignants ou du manque de matériel. Beaucoup d’élèves ont été contraints d’abandonner temporairement les cours, et d’autres suivent des enseignements très irréguliers, souvent sans programme clair. Cette instabilité rend l’apprentissage difficile et décourageant, surtout pour les jeunes qui préparaient des examens importants.

Deboutrdc : Que font donc les enfants ?

Akonkwa : Quand il n’est plus possible d’étudier, les journées sont occupées autrement, souvent par nécessité. Beaucoup de jeunes aident leurs familles dans les tâches quotidiennes : chercher de l’eau ou du bois, vendre de petits articles au marché, effectuer des travaux occasionnels pour gagner un peu d’argent. Certains essaient d’apprendre seuls en relisant d’anciens cahiers ou en suivant des formations informelles quand l’occasion se présente, mais les moyens manquent.

Deboutrdc : Selon vous, quel avenir pour ces enfants et d’autres jeunes ?

Akonkwa : Malgré tout, l’avenir reste une préoccupation constante. Ne pas aller à l’école donne l’impression de perdre du temps et de voir ses rêves s’éloigner. Pourtant, les jeunes essaient de garder espoir en développant d’autres compétences, en s’entraidant entre amis et en croyant qu’un retour à la normale permettra de reprendre les études. L’éducation reste perçue comme la clé d’un avenir meilleur, même quand le chemin pour y accéder devient très incertain.

Deboutrdc : Vous avez parlé de la situation sécuritaire, quid de l’économie dans votre village ?

Akonkwa : Dans l’économie locale actuelle, se nourrir est devenu un véritable défi pour de nombreuses familles. Beaucoup dépendent de petits revenus journaliers, de l’entraide familiale ou du soutien de voisins. Certains ménages réduisent le nombre de repas par jour ou privilégient des aliments moins chers et moins variés. L’aide humanitaire, quand elle arrive, joue aussi un rôle important, même si elle ne suffit pas toujours à couvrir tous les besoins.

Deboutrdc : Les marchés ouvrent-ils régulièrement ?

Akonkwa : Les marchés restent accessibles, mais de façon irrégulière et souvent à des prix très élevés. L’insécurité, les difficultés de transport et la rareté de certains produits font que les denrées coûtent beaucoup plus cher qu’avant. Certaines personnes n’osent pas se rendre loin pour faire des achats, par peur des incidents sur les routes. Les marchés locaux fonctionnent donc au ralenti, avec moins de vendeurs et moins de clients.

Deboutrdc : Katana est un village agricole, les agriculteurs ont-ils accès à leurs champs ?

Akonkwa : Quant aux champs, les gens y vont encore, mais avec beaucoup de précautions. L’agriculture reste une source essentielle de survie ; cependant, l’accès aux terres n’est pas toujours sûr. Certains cultivateurs ont abandonné leurs champs ou ne cultivent que de petites parcelles proches de leurs habitations. Malgré ces difficultés, la population continue de travailler la terre, car c’est souvent le seul moyen de garantir un minimum de nourriture et de préserver l’espoir de jours meilleurs.

Deboutrdc : Cher Gloire, parlons un peu de toi, quel est ton rêve et comment penses-tu le réaliser dans les conditions actuelles ?

Akonkwa : Avant la guerre, mon rêve était simple mais essentiel : réussir mes études et construire un avenir stable, utile à ma famille et à ma communauté. J’avais des objectifs clairs, une certaine motivation et l’espoir que l’école me permettrait d’aller plus loin, peut-être d’exercer un métier qui ferait la différence. À cette époque, même si la vie n’était pas facile, je pouvais encore me projeter dans l’avenir avec confiance.

Deboutrdc : Et aujourd’hui, as-tu abandonné ton rêve ?

Akonkwa : Aujourd’hui, ce rêve est profondément fragilisé. Les interruptions scolaires, l’insécurité et les difficultés économiques ont ralenti, voire bloqué, ce projet. Au lieu de me concentrer pleinement sur mes études, je dois penser à la survie quotidienne, aider ma famille et m’adapter à une réalité imprévisible. Par moments, j’ai l’impression que le temps passe sans que j’avance vers ce que je voulais devenir.

Deboutrdc : Tu gardes l’espoir ?

Akonkwa : L’espoir vient de la conviction que cette situation n’est pas définitive. L’histoire montre que les conflits finissent par passer, même s’ils laissent des traces profondes. Garder en tête l’idée d’un avenir meilleur, continuer à croire en l’éducation, en la paix et en des jours plus stables me permet de rester debout. La résilience, c’est aussi refuser de laisser la guerre définir entièrement qui je suis.

Deboutrdc : Est-il possible de se mouvoir dans votre village ?

Akonkwa : En tout cas, il faut éviter de sortir tôt le matin ou tard le soir, et certains endroits sont devenus inaccessibles par peur d’incidents. Cette limitation constante crée un sentiment d’enfermement, même quand on est physiquement chez soi.

Deboutrdc : Comment faites-vous pour avoir accès à l’information en temps réel ?

Akonkwa : Beaucoup de personnes comptent surtout sur la radio, qui reste le moyen le plus accessible et le plus fiable. Quand le réseau le permet, les téléphones portables et les réseaux sociaux jouent aussi un rôle important, notamment via WhatsApp ou Facebook, où circulent des informations, des messages vocaux et parfois des alertes. Cependant, l’accès à Internet est irrégulier, l’électricité manque souvent, et il devient difficile de vérifier si les informations reçues sont vraies ou fausses.

Deboutrdc : Est-il possible de parler librement actuellement ?

Akonkwa : S’exprimer librement est devenu plus compliqué. Beaucoup de gens ont peur de parler ouvertement de la situation, par crainte de représailles, de malentendus ou de conséquences négatives. On choisit ses mots, on évite certains sujets en public et on se confie seulement à des personnes de confiance. Cette autocensure crée un silence pesant, où l’on est informé, mais pas toujours libre de donner son avis ou de partager pleinement ce que l’on ressent.

Deboutrdc : Si tu devais rencontrer le président de la RDC, que lui dirais-tu ?

Akonkwa : Si j’avais le président de la République ou un décideur international face à moi, je lui dirais avant tout d’écouter réellement la souffrance des populations civiles. Derrière les chiffres et les rapports, il y a des vies brisées, des enfants privés d’école, des familles qui vivent dans la peur permanente. La priorité devrait être la protection des civils et le retour effectif de la sécurité, car sans sécurité, aucun développement durable n’est possible. Je lui demanderais aussi d’agir avec sincérité et responsabilité pour une paix réelle, pas seulement par des accords signés mais non respectés. La population a besoin d’actions concrètes : la fin des violences, l’accès à l’éducation, aux soins, à la nourriture et à un avenir digne. Investir dans les jeunes, c’est investir dans la stabilité du pays, car une génération abandonnée aujourd’hui sera une crise demain.

Deboutrdc : Cher Akonkwa, deboutrdc vous remercie pour votre temps !

Akonkwa : C’est moi qui vous remercie, cher deboutrdc.net.

Vous êtes jeune et avez un témoignage à donner? Completer juste le formulaire: https://forms.gle/cTsBz6vZb26fir5PA

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