Bunia : Arrestation de 3 militants de la LUCHA accusés d’atteinte à la sûreté de l’État pour avoir réclamé l’eau

22 mars 2026_Trois militants du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) sont détenus depuis une semaine à la prison centrale de Bunia. Ils sont poursuivis pour « atteinte à la sûreté de l’État » après avoir organisé une marche pacifique dénonçant la pénurie d’eau attribuée à la mauvaise gestion de la REGIDESO. Mais comment une action citoyenne a-t-elle pu conduire aussi rapidement de la rue à la prison ?

Le 9 mars, la LUCHA avait notifié l’autorité urbaine de l’organisation de cette activité, conformément à l’article 26 de la Constitution. Le 12 mars, lors de la manifestation devant le bureau de la REGIDESO, Sefu Anjisina Abdul Olivier, Kambale Odo Jackson et Paluku Kamate Joachim ont été arrêtés par la Police sur ordre du Maire de Bunia.

« Ils ont passé la nuit au cachot de la mairie, puis ont été transférés au bureau du Gouverneur et à l’auditorat, avant d’être conduits à la prison centrale où ils subissent des actes de torture », a confié un militant à Debout RDC.

Dans un communiqué publié le 16 mars, la LUCHA dénonce des actes de torture et des traitements inhumains infligés à ses membres. « Selon les informations reçues, ils subissent des mauvais traitements et sont contraints de passer la nuit dans les installations sanitaires, une pratique dégradante et contraire à la dignité humaine », alerte le mouvement.

Dans sa lettre d’accusé de réception, le Maire de Bunia, le Commissaire Supérieur Principal Mbui Kola Bosco, avait « formellement interdit » la manifestation, estimant que les motifs avancés étaient « insuffisants pour justifier une marche publique ».

Lors de l’arrestation, les militants avaient d’abord été accusés de « rébellion » par un officier de la police judiciaire. Le 20 mars, l’auditeur militaire de garnison, le Major Mag Ngembo Ngwama Guillaume, a renvoyé le dossier devant le tribunal militaire de Bunia, les accusant cette fois « d’atteinte à la sûreté de l’État ».

Plusieurs activistes et organisations de défense des droits humains réclament désormais la libération « immédiate et sans condition » de ces militants. Ils dénoncent une procédure expéditive et des violations flagrantes des droits fondamentaux.

« Cette arrestation suivie d’une détention constitue une entrave grave à l’espace civique en Ituri et une violation manifeste de la Constitution, qui garantit les libertés d’expression, d’association et de manifestation pacifique. Des pratiques qui contreviennent également aux engagements internationaux de la RDC », rappellent PPI, IPDHOR et ADEDHO dans un communiqué conjoint.

Des sources anonymes affirment que le Gouverneur militaire de l’Ituri, le Général Luboya Kashama Johnny, aurait ordonné la détention des militants à la prison centrale de Bunia.

Un consortium de 50 organisations de la société civile appelle également les autorités congolaises à mettre fin à la répression des voix critiques et à garantir un environnement sûr pour les défenseurs des droits humains.

Pour rappel, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri sont placées sous état de siège depuis le mai 2021; une mesure censée rétablir la sécurité mais qui s’accompagne de nombreuses accusations d’abus de pouvoir. Dans ce contexte, les organisations de défense des droits humains documentent régulièrement des violations des libertés fondamentales, allant jusqu’aux menaces de mort visant activistes, défenseurs des droits humains et journalistes.

Jonathan M

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