Sud-Kivu : quand Ebola semble tacler Mpox

La maladie à virus de Mpox existe toujours dans la province du Sud-Kivu dans l’Est de la RDC et fait des victimes. Depuis le début de l’année 2026, la province a notifié 3945 cas dans 27 zones de santé sur les 34 dont 3 décès respectivement à Walungu, Uvira et Kamituga, a-t-on appris de source sanitaire. A Kamituga, troisième ville de la province située à 180 kms à l’ouest de Bukavu (chef-lieu du Sud-Kivu) et épicentre de Mpox, les malades sont abandonnées à leur triste sort. Visiblement toutes les énergies sont orientées vers la lutte contre Ebola. La société civile alerte, la division provinciale de la santé rassure.

Le taux de létalité de la Mpox est très faible mais sa propagation est toujours active.

« La zone de santé de Nyangezi garde la première position avec 1015 cas notifiés avec zéro décès, suivi de Miti-Murhesa avec 776 cas, Nyantende 375 cas, et Kaziba avec 368 cas et les autres zones de santé sont à moins de 150 cas, voire même moins de 10 », confirme Justin Bengehya, responsable du bureau en charge de l’information sanitaire, recherche et communication à la Division provinciale de la santé (DPS). 

Et d’ajouter :

« Avril 2026, la Mpox a été déclarée comme n’étant plus une urgence de santé publique au pays depuis avril 2026. Mais la maladie est toujours présente dans la province ».

Toujours des victimes

A Kamituga, la Mpox continue son bonhomme de chemin. Selon la société civile locale, tous les partenaires présents dans la zone sont partis.

« Il y a plus de quatre mois que le partenaire ALIMA qui s’occupait de cette maladie a fermé ses portes. Malheureusement, il y a des nouveaux cas enregistrés et qui sont abandonné à leur triste sort. Pas de médicaments, pas de soins appropriés. Lorsque les personnels soignants étaient là, tout marché bien, la population collaborait étroitement avec eux. Donc, il y a nécessité qu’un autre partenaire vienne pour continuer la lutte contre la Mpox », plaide Pacifique Bengana, secrétaire rapporteur de la société civile de Kamituga.

Si à Kamituga la situation est loin d’être maitrisée, dans d’autres zones de santé, on observe une certaine stabilisation. « Après avoir traversé des pics critiques, notamment en 2025 où la province a accumulé plus de 17 000 à 19 000 cas suspects, la situation épidémiologique « montre aujourd’hui des signes de stabilisation », confirme Justin Bengehya.

La gratuité des soins de santé

Le taux de létalité est resté globalement bas (inférieur à 1 % lors des grandes vagues), limitant le nombre total de décès à quelques dizaines à l’échelle de la province. Ce faible taux de mortalité s’explique par la mise en place de la gratuité totale des soins pour tous les malades, appuyée par le gouvernement et des partenaires internationaux comme l’OMS et Médecins du Monde. Des milliers de patients s’en sont sortis guéris, même si des décès tragiques surviennent encore en cas de prise en charge tardive ou de complications (telles que la septicémie).

En ce mois de juillet 2026, la courbe de contamination est en nette régression par ordonnance des bilans comparatifs des années précédentes. Depuis le début de l’année 2026, un peu plus de 1 300 cas suspects ont été enregistrés à l’échelle provinciale.

Cependant, les autorités sanitaires restent sur le qui-vive. Une alerte scientifique majeure a été partagée par la DPS à la mi-mai 2026, mettant en garde contre la co-circulation de deux souches distinctes du virus sur le territoire. Plus que jamais, le renforcement de la surveillance dans les laboratoires, le traçage des cas contacts et le respect des mesures d’hygiène de base restent de mise pour éviter un rebond épidémique au Sud-Kivu.

Ebola tacle le Mpox

Si la crise du Mpox au Sud-Kivu a nécessité une mobilisation internationale, elle s’est rapidement trouvée éclipsée par l’arsenal financier, médical et médiatique historiquement réservé à la Maladie à Virus Ebola (MVE), une maladie dont l’épicentre est la province de l’Ituri mais qui progresse rapidement en atteignant les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé et actuellement la province de la Tshopo.

« Pour ce qui pense que Ebola a pris la place du Mpox dans la communication, je pense qu’ils n’ont pas raison au vu du profil épidémiologique de deux maladies. La Mpox semble être maîtrisée sur le plan de la morbidité tant que sur le plan de la mortalité pendant que la maladie à virus Ebola est une nouvelle épidémie à laquelle la province fait face depuis le 20 mai », apaise Justin Bengehya.

« On ne saura pas confirmer ici que Ebola a pris la place de Mpox dans les interventions. Il y a quelques interventions qui sont, surtout en cours, même si Ebola est là, nous devons la suivre dans la routine mais plus dans la phase de riposte comme déclaré ne faisant plus une urgence de santé publique à portée internationale », ajoute Justin.

Les mesures contre Ebola protègent contre Mpox

Les derniers guéris d'Ebola au Sud-Kivu
Les derniers guéris d’Ebola au Sud-Kivu

La Division provinciale de la santé encourage les communautés à se mobiliser pour barrer la route à Ebola. Justin Bengehya rappelle les mesures barrières à respecter.

« J’encourage les intervenants à poursuivre d’abord la lutte contre Ebola qui est une épidémie. Il y a beaucoup d’interventions faites en faveur de Ebola mais qui protègent aussi contre la Mpox. Toutes ces mesures d’hygiène qui doivent être respectées, le lavage régulier des mains, bref, la propreté »

Ebola, une question de santé Mondiale

En termes de moyens, Ebola déclenche instantanément une « diplomatie de l’urgence » capable de lever des enveloppes de dizaines de millions de dollars auprès des grands bailleurs mondiaux, là où la riposte contre le Mpox reste chroniquement sous-financée, peinant souvent à réunir ne serait-ce qu’un tiers des fonds requis. Sur le plan de la prise en charge, l’asymétrie est tout aussi flagrante : alors que la gestion du Mpox s’est longtemps limitée à des soins de soutien symptomatiques et à une distribution vaccinale très ciblée, Ebola s’appuie sur des décennies d’expertise en RDC, matérialisée par des Centres de Traitement (CTE) hautement sécurisés, une logistique d’isolement stricte et des avancées thérapeutiques majeures (anticorps monoclonaux, vaccins performants).

La communication autour d’Ebola écrase l’espace public ; portée par un taux de létalité terrifiant, elle bénéficie d’une architecture de sensibilisation agressive et de réseaux d’engagement communautaire ultra-subventionnés, tandis que le Mpox, freiné par les tabous liés à certains modes de transmission et son statut de maladie historiquement négligée, souffre d’un déficit d’attention politique et médiatique persistant.

Mauvaise communication, manque de confiance

Chaque fois quand une épidémie est déclarée en RDC, une communication agressive est organisée pour convaincre les communautés à collaborer. Dès que la maladie est déclarée terminée ou si une autre plus dangereuse se développe, les acteurs de santé ne reviennent plus pour expliquer à la communauté que la maladie a pris fin. Quand ils reviennent en cas d’une autre épidémie, les communautés deviennent résistantes et pensent que les agents sanitaires viennent s’enrichir sur leur dos pour des maladies qui n’existent pas.

Pour rappel, l’histoire de la lutte contre le Mpox (variole du singe) au Sud-Kivu commence dans la cite ministère de Kamituga dans le territoire de Mwenga. C’est à cet endroit que la Division Provinciale de la Santé (DPS) a officiellement annoncé le tout premier cas confirmé le 12 octobre 2023. Ce signal d’alarme marquait le début de la propagation d’une nouvelle variante du virus (le Clade Ib), caractérisée par une transmission humaine particulièrement active.

Déclarée en 2024 par l’OMS comme une urgence de santé publique de portée internationale en raison de la flambée des cas, l’épidémie de Mpox en RDC a enregistré plus de 124 000 cas. À ce jour, plus de 1 557 268 personnes ont été vaccinées, soit une couverture LC16 estimée à 46 %.

Sur les 34 zones de santé que compte la province du Sud-Kivu, l’épidémie s’est étendue pour en toucher plus de la moitié (au moins 19 zones actives). Les entités de Kamituga, Miti-Murhesa, Nyangezi et Uvira demeurent historiquement les plus touchées et les plus surveillées. Ce virus n’épargne personne mais les enfants de moins de 5 ans sont les plus touchés ajouté au réseau de transmission par contact direct. Dans les zones de forte promiscuité et les foyers miniers, le contact physique et intime a été le principal vecteur initial de propagation, avant que la maladie ne devienne purement intra-familiale et communautaire.

Ricky OMBENI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
LinkedIn
Share
WhatsApp