A Kakemenge, dans la chefferie de Wamuzimu en territoire de Mwenga à l’ouest de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, des femmes transforment des déchets agricoles en une source de revenus et de dignité. Le charbon écologique n’est plus seulement une énergie propre, c’est devenu un outil d’indépendance.
Contrairement au charbon de bois traditionnel qui détruit les forêts, le charbon écologique, aussi appelé charbon vert ou briquette, est fabriqué à partir de déchets : sciure de bois, coques de noix, tiges de manioc, paille de riz, feuilles mortes.
Les déchets sont carbonisés, broyés, mélangés avec un liant naturel comme l’argile ou l’amidon de manioc, puis compactés en briquettes.
Le résultat : un combustible qui brûle plus longtemps, produit moins de fumée et ne nécessite pas de couper un seul arbre.
À Kakemenge, dans le groupement des Basimbi, chefferie des Wamuzimu, les femmes sont les premières utilisatrices du charbon de bois.
Ce sont elles qui passent des heures à chercher du bois de chauffe, qui respirent la fumée toxique dans leurs cuisines, et qui subissent le plus la déforestation.
Aujourd’hui, grâce à l’appui de l’AFJEP asbl, elles deviennent productrices.
Mme Dorcas Kasuku Matenda, présidente de la Concession Forestière des Communautés Locales Simbi, l’explique bien :
« Quand la femme fabrique elle-même son charbon écologique, elle ne dépend plus de personne. Elle gagne de l’argent, elle protège sa forêt et elle protège sa santé. »
Et d’ajouter :
« Une femme qui produit et vend du charbon écologique peut gagner entre 50 000 et 150 000 FC par semaine », a-t-elle indiqué.
Un revenu qui lui permet de payer les frais scolaires, de nourrir sa famille et de lancer une petite activité.
« En utilisant des déchets, elle ne coupe plus les arbres. Elle devient gardienne de la forêt communautaire, un rôle reconnu par toute la communauté. Les femmes qui gèrent la production de charbon se réunissent, créent des coopératives, prennent la parole en public. Elles passent de simples bénéficiaires à des décideuses dans la gestion des ressources naturelles », ajoute Matenda.
Les défis à relever malgré les progrès, plusieurs obstacles persistent : dont le manque de matériel de production (presses, fours améliorés), le manque de formation technique et de marché stable et le difficile accès au financement pour agrandir la production.
Investir dans la femme, c’est protéger la forêt
Le charbon écologique à Kakemenge prouve une chose : quand on donne à la femme rurale les bons outils, elle ne se contente pas de survivre. Elle nourrit sa communauté, elle protège la biodiversité et elle construit la paix.
C’est pourquoi l’AFJEP, Association des Femmes Journalistes Engrangées pour la Paix à travers sa coordinatrice Immaculé Chakupewa lance un appel aux partenaires : soutenir la production de charbon écologique, c’est soutenir l’autonomisation de la femme et la conservation de la forêt de Wamuzimu.
C’était à l’occasion de la commémoration de la Journée internationale de la femme rurale, célébrée chaque année le 15 octobre.
À Kakemenge, cette journée a été célébrée avec l’accompagnement de l’Association des femmes journalistes engagées pour la paix (AFJEP asbl), une organisation qui s’intéresse notamment aux questions environnementales et à la conservation de la biodiversité.
C’était sous le thème : « Femme rurale de Wamuzimu debout pour protéger sa forêt, nourrir sa communauté et construire la paix ».
Debout RDC La plume pour un Congo debout