Dialogue national en RDC : l’annonce du Chef de l’État divise la classe politique à Bukavu

Annoncé par le Chef de l’État comme un cadre de refondation, le dialogue national suscite des réactions qui divisent la classe politique et la société civile à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu dans l’Est de la république démocratique du Congo. Si la majorité y voit une démarche inclusive, l’opposition et une partie de la société civile dénoncent un processus déséquilibré et non inclusif.

Dans son allocution, le Chef de l’État a insisté sur la qualité des participants et sur le caractère inclusif du processus, tout en excluant l’AFC/M23 qui mène une guerre dans le Sud-Kivu et le Nord-Kivu mais aussi les auteurs de crimes de guerre et de crimes imprescriptibles. Une précision qui n’apaise pas tout le monde.

Pour Blaise Maseka, responsable provincial du Front pour un Congo Nouveau (FPCN/Union Sacrée), « ce dialogue est à saluer » :

C’est une occasion offerte à toute la communauté nationale pour participer à ce grand rendez-vous qui permettra à tous et à chacun d’apporter leurs contributions au débat de la refondation de l’État sans mettre en cause le processus en cours des pourparlers entre le gouvernement et l’opposition armée de l’AFC M23, a-t-il indiqué.

Un optimisme que ne partage pas Hervé Amani, acteur de la société civile. Il pointe un risque de confiscation du processus :

 « Comment un dialogue peut-il prétendre être national lorsqu’une partie significative des forces politiques se retrouve exclue ? On ne peut pas être à la fois partie prenante, organisateur, arbitre et bénéficiaire politique potentiel du même processus. Il faut lever toute ambiguïté sur l’après-2028 ».

Même son de cloche du côté du PPRD, Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie. Pour son cadre Emmanuel Mulindwa, exclure certains acteurs compromet l’objectif de paix :

 « Ce dialogue n’a rien à faire avec la paix, la partie orientale du pays est occupée depuis un temps par le M23, mais le chef de l’état dit ne pas être prêt à dialoguer avec ces gens. On ne peut pas chercher la paix et exclure quelques citoyens de ce pays ».

Enfin, l’opposition républicaine, par la voix de Désiré Ntayira, appelle à un dialogue total :

 « Nous voulons un dialogue qui doit réunir toutes les forces divergentes, c’est-à-dire l’opposition armée ou non armée, l’opposition républicaine, la société civile… Il ne faut pas un dialogue qui écarte certains Congolais ».

Entre volonté affichée de refondation et exigence d’inclusivité totale pour ramener la paix durable, notamment dans l’Est du pays, le futur dialogue s’annonce déjà comme un test politique majeur.

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