À Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, la liberté de la presse est gravement menacée par l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23), un groupe armé soutenu par le Rwanda et responsable de graves violations des droits humains selon plusieurs rapports. Depuis février 2025, ce mouvement occupe les villes de Goma et de Bukavu ainsi que plusieurs territoires dans l’est du pays et y impose sa propre « loi ».
Le mercredi 19 août 2026, Monsieur Patrick Busu Bwa Ngwi, alors « gouverneur » nommé par l’AFC/M23 au Sud-Kivu, a suspendu toutes les émissions de débat politique dans les médias opérant dans les zones sous son contrôle. Il a annoncé cette décision verbalement lors d’une réunion obligatoire convoquée à la veille et à laquelle tous les responsables des médias ont été tenus de participer.
Outre l’interdiction des débats politiques, Busu Bwa Ngwi a également proscrit la diffusion de toute information provenant de Kinshasa (capitale de la RDC), quel qu’en soit le domaine. À l’inverse, il a instruit l’ensemble des médias opérant dans les zones occupées de relayer exclusivement les activités du mouvement AFC/M23.
Les médias ont également reçu l’interdiction de couvrir les activités des députés nationaux ou de toute autre personnalité de la province vivant dans les zones sous autorité du gouvernement congolais. Ils sont plutôt encouragés à privilégier des thématiques telles que la paix, la cohésion, l’environnement, la santé, l’éducation et d’autres sujets jugés « compatibles » avec la vision de l’AFC/M23.
Pour chaque programme, les médias doivent désormais obtenir un « visa du conducteur d’émission » auprès de la cellule de communication du gouverneur, en collaboration avec la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC), station de Bukavu actuellement sous contrôle de l’AFC/M23. Le « gouverneur » a également menacé de sanctions tout média qui ne se conformerait pas à ces directives.
Blaise Maseka, la goute d’eau qui a fait déborder le vase
La décision du M23 serait motivée par les déclarations de Monsieur Blaise Maseka, acteur sociopolitique et membre du parti Front Pour un Congo Nouveau (FPCN), qui a dénoncé les violations graves des droits humains et autres exactions commises par les éléments de l’AFC/M23 dans des émissions de débat.
Invité dans des émissions de débat dans deux chaines de radio à Bukavu, Maseka a, d’un sang-froid, fait des révélations graves des violations dont auraient été responsables les hommes de Corneille Nanga au Sud-Kivu.
Ces dénonciations ont été formulées lors des émissions de débats politiques diffusées le 15 et 16 août 2026, respectivement sur Radio Bukavu FM et Radio Maendeleo, deux stations émettant dans la ville de Bukavu. À la suite de ces émissions, Blaise Maseka aurait été filé par des membres de l’AFC/M23 et craint pour sa sécurité.
Le 18 août 2026, le mouvement a alors convoqué de manière urgente et obligatoire les responsables des médias à une cette réunion à laquelle « les absents ne s’en prendront qu’à eux-mêmes ».
« Sentiments révolutionnaires ! », avait conclu Maître Bwino Nacigemwa Jean Richard, directeur de cabinet de Patrick Busu Bwa Ngwi dans cette invitation aux « patrons de Presse ».
Dans une décision conjointement signée le 22 août 2026 par l’Union Nationale de la Presse du Congo, UNPC et le Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication CSAC, le journaliste a été suspendu pour une période de 45 jours.
« Le journaliste présentateur Claude Kashonga est suspendu pour une durée de 45 jours et frappé d’interdiction absolue de prêter sa voix à un programme radio ou de signer une quelconque livraison de la presse (publicité, article écrit ou en ligne, reportage, magazine, spot) jusqu’à l’expiration totale de cette peine », peut-on lire dans ce communiqué signé par Darius Kitoka, président sectionnaire de l’UNPC Sud-Kivu, et Emmanuel Bafa Mbilizi, coordonnateur du CSAC.
Plusieurs défenseurs des droits humains s’insurgent contre cette décision. « C’est une décision injuste et téléguidée. Nous savons qui contrôle ces deux organes et leur décision ne nous surprend pas », regrette un DDH qui a requis l’anonymat.
Tôt mars 2025, à la prise de la ville de Bukavu, le M23 avait réuni les médias dans le même sens et avait dicté la « conduite » que les médias doivent tenir pour « promouvoir la gloire » du mouvement.
Debout RDC La plume pour un Congo debout