Uvira : aller et rentrer, un parcours de combattant suite aux barrières des Wazalendo

Après le retrait des troupes de l’AFC/M23 d’Uvira, ville qu’elle avait conquise fin décembre 2025 à la coalition gouvernementale composée de l’armée régulière et des Wazalendo appuyés par l’armée burundaise, jusqu’à se positionner à Kamanyola, à 50 kilomètres au sud de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo, la coalition gouvernementale a repris le contrôle de la route nationale numéro 5, tronçon allant de Luvungi à Uvira en traversant la plaine de la Ruzizi.

Les usagers de cette route, à majorité des passagers de mini-bus et de motos assurant le transport en commun, dénoncent la multiplication des barrières, une dizaine, érigées par les combattants Wazalendo engagés aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans la lutte contre l’AFC/M23.

Selon plusieurs témoignages recueillis par DeboutRDC, des taxes allant de 10.000 à 50.000 francs congolais seraient exigées aux voyageurs, suscitant de vives inquiétudes au sein de la population.

D’après des habitants et des usagers de cet axe long de plus ou moins 60 kilomètres, ces prélèvements sont imposés à différents points de contrôle.

Les voyageurs affirment être contraints de payer pour poursuivre leur trajet, que ce soit en direction d’Uvira ou en transit pour Bujumbura et vice versa.

Des acteurs de la société civile d’Uvira et de Bukavu dénoncent une forme de tracasserie pénalisant les populations déjà confrontées aux difficultés économiques et sécuritaires, indépendamment de leur âge ou de leur statut.

Certains voyageurs qui refusent ou tardent à payer seraient victimes de mauvais traitements.

« Les barrières érigées par les Wazalendo dans la plaine de la Ruzizi sont devenues une véritable source de tracasserie », regrette un étudiant rencontré qui devrait aller confirmer son inscription à l’Université du Burundi.

« Avant, pour aller de Bukavu à Uvira, on payait environ 25.000 FC dans un bus depuis l’Essence-Major Vangu à Bukavu. Aujourd’hui, il faut parfois dépenser jusqu’à 100.000 FC », s’inquiète un habitant ayant requis l’anonymat.

« La tracasserie est réelle, surtout du côté Wazalendo. Plus de 10 barrières des seuls Wazalendo, une barrière de la mairie et une barrière des FARDC. L’état de siège s’impose au Sud-Kivu. Je n’ai pas vu cela dans le Grand Nord où sévit la même situation », explique un autre témoin.

« Je suis passé dans la plaine la semaine dernière en provenance du Burundi, mon frère, les armes circulent là-bas comme des haricots. Je me demande comment le gouvernement contrôle ces armes », ajoute un autre.

« Ça coûtait 37.000 FC : 5.000 pour les FARDC à l’entrée de Luvungi, 30.000 pour les Wazalendo entre Sange et Kahala, soit 7 barrières d’extorsion, et 2.000 pour un contrôle des cartes d’électeurs dans un conteneur dont 1.000 pour un timbre de la DPMER qu’on divise d’ailleurs par deux. C’est pathétique », témoigne un passager.

« Ils doivent vivre mais ce n’est pas de la responsabilité des voyageurs, ils paient déjà impôts et taxes officiels », renchérit un autre habitant.

Selon plusieurs usagers, aucune tracasserie ne serait signalée dans la zone occupée par l’AFC/M23, contrairement à celle sous contrôle de la coalition gouvernementale.

« Il faut bien préciser que là où l’AFC/M23 occupe, on ne paie pas même 1 FC. Les milices Wazalendo tracassent trop la population, même chose de Kasika à Mwenga, du Parc de Kahuzi-Biega à Bunyakiri », témoigne un passager d’un mini-bus en partance pour Uvira.

On punit une population déjà meurtrie par la guerre

Pour Jackson Kalimba, député provincial élu de Bukavu, ces barrières étouffent le peuple. Il plaide pour qu’elles soient retirés.

« Mon constat est amer. La route Bukavu-Uvira est ouverte, mais elle est devenue un couloir de rançon. Nous avons dénombré plus de 8 barrières tenues par les FARDC et les Wazalendo. À chaque barrière, 5.000 FC exigés à chaque passant, sans compter le transport. Pour nos mamans et papas qui font du petit commerce, pour ceux qui vont en visite familiale, aux deuils ou les enseignants qui partent retirer leur modique salaire, c’est toute une fortune qui s’en va. Ce ne sont plus des barrières de sécurité, ce sont des barrières qui étouffent le peuple. On ne peut pas sécuriser les gens en les appauvrissant ».

Des nourrissons prématurés perdent la vie

Le mardi 4 août 2026, une situation tragique a été signalée à Kigwena, groupement de Lemera, chefferie des Bafuliiru, en territoire d’Uvira. Une ambulance de l’Hôpital Général de Référence de Lemera, en provenance de Luvungi, transportait deux enfants jumeaux prématurés qui devaient être acheminés à Lemera pour recevoir des soins appropriés. Malheureusement, ils ont perdu la vie suite à l’altercation entre le chauffeur et les wazalendo.

« Arrivée sur l’avenue Mayengo à Kigwena, l’ambulance a été arrêtée par deux éléments présumés Wazalendo. Ces derniers auraient brutalisé le chauffeur. Cette situation a malheureusement entraîné un retard dans l’acheminement des nouveau-nés. Les deux enfants prématurés sont décédés pendant l’incident. Heureusement, une jeep des FARDC en provenance de Luvungi est intervenue et a réussi à maîtriser les deux présumés Wazalendo et à les acheminer vers Lemera », a regretté André Byadunia Mashaka, acteur de la société civile d’Uvira dans un message partagé dans les réseaux sociaux et consulté par Deboutrdc.info

Les autorités sont restées aphones

Dans une correspondance adressée au ministre national de la Défense, dont copie est parvenue à notre rédaction, la structure « Jeunes Nous Pouvons » hausse le ton :

« Excellence, Monsieur le Ministre de la Défense, les passagers qui voyagent entre Uvira et Bukavu, dans les deux sens, font face à des tracasseries sans précédent. Des Wazalendo exigeraient le paiement d’au moins 5.000 FC par passager. Du côté des FARDC, la situation serait presque similaire, notamment vers Luvungi. Certaines personnes passent plus de trois jours à Luvungi avant d’être autorisées à poursuivre leur voyage », dénonce la structure.

Jakson Kalima saisit le gouverneur Purusi

Le même plaidoyer a été mené par Jackson Kalimba, élu provincial.

« Nous avons déjà saisi le Gouverneur de province pour solliciter la suppression des barrières payantes et ne garder que les barrières sécuritaires. Nous envisageons de saisir les autorités au niveau national afin de plaider pour la prise en charge des Wazalendo qui combattent aux côtés des FARDC », a indiqué Jackson Kalimba.

Le gouvernement aurait oublié les wazalendo

Dans une vidéo qui a fuité sur les réseaux sociaux, consultée par notre rédaction à l’issue d’une tribune d’expréssion populaire organisée par le député national Claude Misare dans le cadre de ses vacances parlementaire à Uvira, le général autoproclamé Mzalendo Alexis Mwamba Dunia reconnaît l’existence de ces barrières.

« Sur les 19 barrières se trouvant sur la RN5, 15 seront supprimées », a-t-il rassuré lors d’une conférence organisée le samedi 17 juillet 2026 à Uvira.

« Les gens, surtout nos mamans, se lamentent au sujet des barrières sur l’axe Uvira-Luvungi. Au départ nous avions 19 barrières sur la RN5 mais nous en avons supprimé 15 et nous venons de décider de n’en laisser que 4. Nous laissons 4 parce que nous avons faim, un ventre affamé ne peut pas permettre d’exécuter un bon travail. Ces barrières aident à entretenir quatre structures Wazalendo sur l’axe Luvungi-Uvira, dont à Kawizi, Kasangulu et Kabunambo », a-t-il expliqué.

« En quittant Baraka pour retourner à Uvira après le départ du M23, on recevait de la ration et autres assistances du gouvernement qui n’arrivent plus malheureusement et on ne peut pas voler, raison pour laquelle nous avons érigé des barricades », selon le général autoproclamé.

« La libre circulation des personnes et des biens, un droit garanti par la Constitution, est à ce jour foulée aux pieds. Il faut laisser notre population respirer », a conclu le député Kalimba.

Que dit la loi

Selon l’article 30 de la Constitution la RDC, toute personne qui se trouve sur le territoire national a le droit d’y circuler librement, d’y fixer sa résidence, de le quitter et d’y revenir. Aucun citoyen congolais ne peut être expulsé du pays ou contraint à l’exil

Le Droit International Humanitaire (DIH) promus par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ajoute que « la liberté de circulation des civils est protégée et les déplacements forcés de population sont strictement interdits ».

Spread the love

Check Also

Ebola en RDC : Nord-Kivu un nouveau cas signalé à Kayna; la CENCO s’inquiète de la montée de cas au pays

Au moment où la CENCO, Conférence Episcopale du Congo s’inquiète de la montée du nombre …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *